Être infirmière au CHU Québec

Mon nouveau travail d’infirmière au Centre Hospitalier Universitaire de Québec (le CHUQ pour les intimes) me prend énormément de temps et d’énergie (d’où le peu d’article, on a le temps de ne rien faire) ! Et pour cause, je travaille en moyenne 5 à 6 jours/semaine (voire même 7 jours d’affilés au mois de mai …) avec seulement 2 jours de congé d’affilés (1 week-end sur 2) ou 1 congé en semaine. Pas facile dans ces cas là de profiter de la ville et de prévoir des choses à faire. Mais bon, on l’a choisi, on s’en doutait un peu … Certes (et heureusement) ce sont des journées de 8h (7h15 payées en fait), mais comme il faut s’adapter à une nouvelle organisation, des nouvelles techniques, du nouveau matériel, une autre méthode de travail, emmagasiner un maximum de données, d’informations, enregistrer des tas de noms et de visages, des expressions différentes (que ce soit dans le boulot ou la vie quotidienne), à la fin de la journée, je suis KO (c’est le but du jeu, c’est un peu ce qu’on cherchait aussi :)) mais en plus de ca, il faut bosser une fois chez nous (ah petite info, ici au Québec on dit « chez nous » ou « chez eux » même si on vit seul ! Bon en l’occurrence pour moi ce n’est pas le cas).
Alors je me dis, heureusement que la charge de travail (en nombre de patients par infirmière) est moins importante que le service que j’ai quitté en Corse, parce que sinon, je crois que j’aurais déjà abandonné … Ici, on est 2 infirmières (1 infirmière + 1 infirmière auxiliaire) pour 10 patients (11 si c’est 2 infirmières).
Je pense et j’ose espérer qu’après le stage d’actualisation on trouvera un meilleur rythme qui nous permettra à Monsieur MonChéri et à moi de pouvoir organiser des activités et des sorties et profiter un peu plus (parce qu’en plus on est en contre équipe, nos jours de congés sont différents et nos fins de semaines aussi).

Bon, assez parlé de mon quotidien, passons au métier d’infirmière ici. Je tiens à préciser quand même qu’il s’agit de mon expérience personnelle, ce que je vis à Québec, dans mon département/service. Ce n’est donc pas une généralité, et il se peut que ce soit différent pour vous et que votre expérience et votre vécu varie un peu. Mais je pense néanmoins que dans le fond, c’est sensiblement la même chose partout. Si comparaison il doit y avoir, elle sera faite par rapport à ce que j’ai pu rencontrer en Corse, donc là encore, ca sera sûrement différent de ce que vous avez pu voir en France.
Je ne suis dans mon département de médecine familiale (Personnes âgées avec différentes pathologies, de la pneumonie au délirium en passant par l’anasarque) que depuis 11 quarts de travail soit 3 semaines environ. Je suis à l’Hôpital Saint-François d’Assise, situé dans le Limoilou et qui fait parti des établissements composants le CHUQ.

Déroulement du stage d’actualisation :

La durée du stage d’actualisation est de 75 quarts travaillés, ce qui équivaut à environ 4 mois et demi, sachant que le permis de travail temporaire que l’Ordre nous délivre (rien à voir avec le PTT hein) a une durée de 6 mois, donc si on est malade/absent (ou si la personne avec qui vous êtes en jumelage est absente) ce n’est pas vraiment un souci, du moment que ca ne repousse pas la fin de votre stage d’actualisation au-delà des 6 mois.
Les 30 à 45 premiers quarts, nous sommes en jumelage. Dans mon département, je n’ai pas le droit de « rentrer » (en service) si ma « jumelle » n’est pas là, je suis obligée de la suivre partout, les mêmes pauses, les mêmes formations, les mêmes jours de congés (donc si elle a une semaine de congés pendant mon stage, je suis également en congés, mais non payés pour moi) etc … Heureusement qu’elle est très sympa et agréable à vivre !
A la suite de ce premier volet une évaluation est faite, permettant ou non de passer au volet suivant. Les 30 ou 45 quarts qui suivent on se retrouve autonome, prenant la place d’une infirmière (ou en surplus, non déplaçable s’il ne manque personne) et là encore une autre évaluation est faite, je ne sais pas trop comment vue qu’on est seul mais bon … Je verrais ça en temps et en heure et je vous en reparlerais, si toutefois je valide mes premiers 30 à 45 quarts ^^ (je suis sensée être capable de prendre en charge 6 patients de façon autonome à la fin des ces premiers quarts là, et il y a également des lectures à faire et un cahier d’exercices de l’OIIQ à remplir sur la déontologie).

Les différents types d’infirmières :

L’infirmière (qu’elle soit technicienne ou clinicienne, peu importe c’est le même boulot, au final c’est le nombre d’années d’étude, la paie et la variété des postes sur lesquels elles peuvent appliquer qui changent) travaille en dyade avec une autre infirmière ou une infirmière auxiliaire. En gros, l’infirmière évalue l’état de santé de la personne, détermine et assure la réalisation du plan de soins et de traitements infirmiers (le PSTI) et le plan thérapeutique infirmier (PTI) et prodigue des soins et des traitements infirmiers et médicaux.

L’infirmière auxiliaire (IA) administre des soins aux patients et collabore étroitement avec l’infirmière. Elle peut prendre les signes vitaux, mais dans mon équipe, c’est l’infirmière qui s’en occupe afin de faire l’évaluation de l’état de santé du patient en même temps. En revanche l’IA prépare et distribue/administre les médicaments (PO et s/c, les IV sont réservés à l’infirmière), elle réalise certains soins comme les pansements, le cathétérisme (veineux, vésical) etc… Elle contribue à l’évaluation et la réalisation du PSTI.

L’assistante infirmière chef (AIC) elle planifie, supervise et coordonne les activités du département. Elle participe aux réunions pluridisciplinaires, et c’est à elle que l’on donne notre rapport en fin de quart de travail.

Les autres :

Il y a les préposés aux bénéficiaires (PAB) qui eux donnent les soins de confort et d’hygiène aux patients, assurent une présence auprès d’eux et leur offrent une assistance physique en vue de contribuer à leur rétablissement ou de les aider à maintenir leur état de santé (ce serait l’équivalent de nos aides-soignants en France).

Et il y a bien d’autres professionnels qui gravitent autour du patient : ergothérapeutes, stomothérapeutes, médecins, résidents, physiothérapeutes, pharmaciens, nutritionnistes, travailleuses sociales etc … (autant de personnes susceptibles de nous prendre le dossier du patient quand on en a besoin !).

Sinon, être infirmière au CHUQ c’est :
(Liste non exhaustive, que je mettrais probablement à jour au fil du temps et des découvertes !) 

Travailler de jour (8-16h), de soir (16-00h) ou de nuit (00-8h)
Avoir 2 vraies pauses durant ton quart de travail (celles où tu te coupes totalement du service, où tu peux manger sans entendre de sonnettes, à la cafét’ ou dehors, au choix), une de 30 min le matin et l’autre de 45 min pour dîner (équivalent du déjeuner en France)
Pouvoir trouver un homme dans la même chambre qu’une femme (je crois que j’aurais toujours du mal à m’y faire …)
Ne pas entendre les sonnettes retentir toute la journée !! (Ca sonne oui, mais pas dans tout le couloir, juste au poste !)
Ne pas avoir besoin de jouer les secrétaires (sauf le week-end), il y en a une vraie avec nous au poste qui fait  très bien son boulot
Avoir 10 patients/infirmière (et tu ne fais pas tout le boulot seule, tu peux déléguer à ton auxiliaire), moitié moins si tu bosses en dyade avec une autre infirmière (mais de ce cas, tu ne peux rien déléguer)
N
ettoyer les plaies (pratiquement toutes) au NaCl 0,9% (la Proviodine = Bétadine c’est sur prescription)
Avoir une stomothérapeute toujours (ou presque) à disposition pour demander conseil pour une plaie
Avoir des petits tampons d’alcool ou de Chlorhexidine déjà prêts (adieu gaspillage des paquets de 5 compresses et matériel encombrant, hop des petits tampons dans la poche et le tour est joué !)
Ne pas avoir de transmissions orales (ou très peu avec l’IAC)
2 fois plus de paperasse et 2 fois moins de temps avec les patients
Avoir 800 personnes/intervenants dans le bureau (qui te prennent toujours le dossier quand tu en as besoin !)
 Avoir un cabinet pour chaque patient dans chaque chambre (petite armoire où l’on range les médicaments PO et SC, les crèmes des patients)
Voir les inhalothérapeutes réaliser les aérosols
Avoir la pharmacie qui prépare certains des injectables et qui te livrent chaque matin les médicaments en fonction de la prescription, en séparant chaque comprimé ou injectable dans un sachet individuel scellé. Et c’est avoir un nouveau médicament (si la prescription change) presque instantanément après avoir faxé la prescription
A
voir une horloge (des fois mêmes 2 !), pas 1 mais 2 distributeurs de solutions hydroalcoolique (dans la chambre et juste à la sortie), un tensiomètre manuel, un stéthoscope, des lingettes désinfectantes, un collecteur d’aiguilles (…) dans chaque chambre.
D
evoir prendre les opiacées et certains autres médicaments dans le PIXIS (machine qui distribue les médicaments selon l’ordonnance, dans laquelle tu es obligée de rentrer le nombre de comprimés ou ampoules exactes qu’il reste avant de sortir le tien ou la tienne et qui fait appel à un témoin si tu dois administrer seulement la moitié de ton produit. Et tout ca, après reconnaissance digitale huhu).
Apporter sa boite à lunch et son lunch chaque jour ^^ et prendre une collation à la pause de 10h ou 10h30 (mais il y a possibilité d’acheter sur place)
Arriver et repartir avec sa tenue sur soi (bon perso, j’ai encore du mal avec ca et je me change dès que c’est possible)
Avoir l’impression d’être dans une aérogare ou au supermarché (annonces faites au micro dans tous les services de l’hôpital…)
Utiliser un stéthoscope pour ausculter les patients
Avoir une zone (la cohorte) réservées exclusivement aux patients SARM positifs
Pouvoir « codifier » les médecins sur leur bipper (ca fait trop série américaine ahaha)
Voir le personnel de la cuisine faire le tour des chambres pour demander aux patients ce qu’ils souhaitent manger parmi un choix proposé
N
e pas faire la visite avec le médecin (ca c’est un point négatif, parce que je trouve que ca manque du coup d’interaction avec lui et qu’en plus certains écrivent tellement mal … que si on avait pu faire la visite, on aurait une chance de mieux comprendre ce qui est noté et limiter les erreurs … Et, on communique par post-it pour les affaires non urgentes…)
Être payée toutes les quinzaines (et se faire ponctionner un max pour l’assurance collective et le syndic …)
Avoir des tas de formations proposées dans l’hôpital (j’ai déjà pu en avoir 3 en seulement 2 semaines …), certaines se font sous forme de cours de plusieurs heures (par exemple le cours d’arythmie se fait en 45 heures et est obligatoire pour travailler en soins critiques, aux urgences ou aux soins intensifs), et tous les lundis entre 12h et 13h une formation sur un thème différent chaque semaine est proposée. Ca s’explique sans doute par le fait que l’OIIQ oblige les infirmières/infirmiers à faire 20h de formation/an (le rêve pour tenir ses connaissances à jour et s’actualiser)
A
voir une bibliothèque, un guichet automatique (pour retirer de l’argent ou payer ses factures), une cafeteria à disposition dans l’hôpital

En conclusion :

Je ne trouve pas leur système pire que le nôtre (malgré la paperasse), il est vraiment différent et assez bien pensé, plutôt cadré et sécuritaire sur certains aspects comme par exemple la double vérification pour l’administration d’insuline S/C et d’héparine IV (c’est à dire qu’une autre personne doit vérifier que notre calcul est bon et que les seringues sont convenablement remplies). Ainsi que le fait d’avoir besoin d’un témoin pour vérifier que l’on jette bien notre 1/2 comprimé ou 1/2 ampoule d’opiacé non utilisé.
En revanche, je trouve certaines choses moins sécuritaires comme être autorisé à retranscrire des prescriptions médicales et de prendre les prescriptions orales ou téléphoniques en dehors des cas d’urgence. Et c’est toujours un peu bizarre pour moi de n’utiliser que du NaCl 0,9% pour « désinfecter » une plaie, quand on a été habitué (peut être à tort) à utiliser la Bétadine pour la réfection des pansements.
Mais je trouve l’expérience très intéressante et elle sera sans aucun doute enrichissante (professionnellement parlant et humainement). C’est une super opportunité que de pouvoir comparer ce qui se fait de l’autre côté du monde, avec les mêmes bases, voir que ca peut être tellement différent ! Je ne regrette pas mon choix, même si c’est parfois dur et éprouvant.
L’intégration à l’équipe, elle, se fait en douceur, ce n’est déjà pas toujours facile d’intégrer une nouvelle équipe, alors en plus quand tu es une étrangère dans un pays qui est loin d’être le tien (et quand en plus de tout ca tu es une personne introvertie et assez timide comme moi), ca ne facilite pas la tâche. C’est vrai que parfois j’oublie que je suis une immigrée parce que la langue est la même (bien que les expressions et le vocabulaire sont différents) que je m’y sens bien et que la plupart des gens sont agréables avec moi et ne me font pas me sentir comme une étrangère, mais certains patients plus que désagréables (n’ayons pas peur de le dire …) ne manquent pas de me rappeler que je ne suis pas d’ici …

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